INSECURITÉ : LABOULE,UNE INSECURITÉ RÉSIDENTIELLE

Comme l'a écrit le poète Français, 

Michel Carré, dans l'une de ses plus sublimes citations : "connais-tu le pays où fleurit l'oranger, le pays des fruits d'or et des roses vermeilles". Ces beaux vers peuvent en toute logique, s'appliquer à Haiti qui était un joyau au milieu de l'Océan Atlantique, un bijou qui scintille sous les feux du soleil tropical, un  véritable Eden où vivre des attraits incomparables, entre autres un lieu paradisiaque . Haiti était autrefois, l'un des rares pays de l'hémisphère occidental à avoir connu un niveau de sécurité presque superieur à la moyenne, épatant même les esprits les plus curieux.

 À partir de 1986 les données vont changer, car le pays va faire face à des mutations sociales aiguës où les masses paysannes , vont abandonner leur habitation pour venir s'établir dans les villes sous la pression démesurée des pouvoirs politiques, mais aussi sous l'éffet infernal de la misère et qui,  pourtant, constituent un socle incontournable pour l'expansion de l'économie haitienne. Cette migration va se faire ressentir  à partir de la difficile intégration "des haitiens du pays en dehors" comme l'aurait dit l'anthropo-sociologue Français, Gérard Barthelemy, vers les centres urbains de la capitale, car ils seront enclin  à des contraintes  de toutes  sortes mais aussi à un nouveau système qui n'était pas le leur. 

À force de vouloir s'adapter à la nouvelle réalité, les gens vont se débrouiller pour créer une place au soleil, perdant leur repère moral et social, mais également exposés à toutes les convoitises criminelles. Cela dit, les rapports de bon voisinage qui ont été  le leitmotiv  de la société hatienne vont s'écrouler au profit de l'industrie criminelle internationale , car Haiti, était un lieu de transite pour les narco-trafiquants,citons entre autres:  le cartel de Medellin au colombie, le cartel de Sinaloa en Amerique du Nord. De là, la gangstérisation du pays va prendre un essor considérable et les vagues de violences vont être monnaie courante en Haiti.

Si l'on dit vrai, le phénomène d'insécurité qui sévit en Haïti tout d'un temps , ne date pas d'hier, ni au fruit du hasard, ni à une question de fatalité mais plutôt à une pratique politicienne soutenue par les tenants du pouvoir publique aux fins de satisfaire leur Intéret immediat. De renchérir le Professeur Leslie François St Roc Manigat qui disait "il faut sincériser la politique tout comme en économie on sincérise les prix," cette pensée peut aussi servir de jalon au secteur mafieux de la bourgeoisie répugnante, s'adonnant à la contrebande,aux choses illicites et à l'exploitation à outrance des personnes vulnérables venant des quartiers populeux du pays. Car il est un devoir impérieux d'assainir ce secteur y compris son mal structurel  et radical qui affecte le métabolisme de base de notre société si l'on souhaite vivement  d'avoir une Haiti novatrice. En tout cas, la montée exponentielle des groupes armés à travers tout le pays a sauté tous les verroux , car pas un seul quartier d'Haiti n'est exempt à ce fléau. Entre autres,  les quartiers résidentiels qu'on croyait être à l'abri de ce spectre semblerait être confus.

La montée en puissance des gangs à bel et bien  montré le côté siniste de l'État. Aussi longtemps que nous restons les yeux fermés le tissu social  haitien sera émietté et le pays profond disparaîtra. Le changement d'un pays dépend indubitablement de ses élites mais malheureusement en Haïti nous avons affaire à des élites qui sont allergiques au collectivisme, croyant qu'ils sont les seuls maitres  à bord, pourtant ils se fourvoient à chaque instant.

Nous sommes arrivés à un carrefour où l'heure n'est plus au chantage, aux discussions sectaires et stériles mais de préférence à un grand sursaut collectif de manière à faire échec à la grande machine infernale de l'insécurité qui endeuille la famille haitienne. Laboule est devenue un lieu de sacrilège avec l’assassinat crapuleux de deux grandes figures politiques de la vie  haitienne : Ex Sénateur de la république, ex directeur du EPPLS, Yvon Buissereth, l'année dernière, et le Secrétaire Général du parti politique  RDNP, Éric Jean Baptiste, au mois d'octobre 2021 sans compter plusieurs anonymes qui sont tombés sous les balles assassines des voyous. Combien de morts faudrait-il avoir encore pour que l'État puisse sortir de son mutisme? Combien de cris faudrait-il en avoir pour que la société puisse s'élever? Ce qui importe nous nous sommes retrouvés au confluent de deux maux : se laissant enfermer dans notre léthargie, ou se laissant emporter par les assassins de grand chemin , un fait qui est certain le mal est à nos portes .

Le temps de l'hypocrisie doit cesser il faudrait qu'on ait notre propre armée, une armée qui soit institutionnelle, moderne, professionnelle, de manière à contrecarrer les forces du mal qui nous sont en face et redonner au pays ses fleurs d'antan, d'ailleurs la création de ce coin de terre fut crée par l'armée indigène au prix de durs sacrifices. Pour parvenir à cet idéal il faudrait que le pays cesse de faire le pari des dirigeants cupides, vendus, corrompus et incompétents à la tête du pays, pour passer à des dirigeants compétents, sérieux, honnêtes et ayant le sens de l’histoire. Il n'y a pas de doute qu'Haiti se retrouve dans dans un imbroglio où tout paraît incertain mais il y va de la responsabilité de l'État de créer la quiétude d'esprit tout en réorganisant son mode de fonctionnement, réfléchir sur l'économie urbaine,créer des emplois, redonner de l'espoir à la jeunesse en  faisant de l'éducation sa priorité, "investir dans des sphères indirectes" pour amortir le choc de l'insécurité comme l'a si bien dit l'éminente sociologue haitienne, Michèle Oriol.

Somme toute, "le pays mérite mieux et le pays attend mieux " comme l'aimait dire le Professeur émérite, Leslie Manigat. Le vent de l'insécurité doit cesser et le pays doit reprendre son élan afin de ne pas  enregistrer des cas d'assassinats de paisibles et d'honnêtes citoyens, et comme on l'avait vécu douloureusement encore une fois de plus, la disparition brutale et tragique d'un patriote, d'un nationaliste mais surtout d'un entrepreneur né et conséquent, Éric Jean Baptiste, dans la nuit du 28-29 octobre passé. Le mal est dans nos murs, agissons dignement !


Tous droits réservés.

L'OEIL DU QUOTIDIEN NEWS

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog