L’inaccéssibité du carburant dans les stations-service à l’épreuve de son commerce spéculatif illicite.
En dépit de l’existence de la loi du 20 décembre 1946 interdisant la spéculation illicite et le marché noir, la vente du carburant sur les trottoirs continue de se faire à travers plusieurs zones de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, notamment dans les périphéries limitrophes des stations-service. En référence à un documentaire visionné sur le Net, nous voulons évoquer ce phénomène Béninois, où les conducteurs ne fréquentaient plus les stations-service, tout en prenant plutôt l'option de s'approvisionner en pleine rue auprès de commerçants qui en vendaient dans des flacons posés sur des tables installées sur les troittoirs. On dirait des mini-stations informelles de ravitaillement. A la différence qu’au Bénin, ce système parallèle alimenté par le trafic clandestin de l’essence entre ce pays et le Nigéria offre beaucoup plus d’avatanges aux acheteurs, qui paient généralement le produit moins chère que dans les stations publiques. Aussi, faut-il préciser que le gouvernement béninois s’est montré clément à l’égard de ce commerce, du fait qu’il y aurait trouvé un moyen de soulager les couches défavorisées et permettre ainsi aux petits ménages de survivre dans un pays aussi pauvre.
En revanche, en Haïti, ce libéralisme constaté dans la vente parallèle de l’essence n’est pas forcément avantageux pour les consommateurs qui, la pluspart du temps, souffrent de l’inaccéssibilité du produit dans les stations-service. Or, d'un autre côté, ils se sont vus contraints à le payer plus chèr auprès de ceux-là qui le vendent sur le marché informel. En fait, ces derniers temps, ce marché de spéculation illicite tend à se développer non seulement sous le regard complaisant des autorités de l’Etat, mais aussi et surtout avec la complicité des propriétaires de stations-service qui l’alimentent. La dynamique spéculative en cours semble permettre à ces acteurs de tirer beaucoup plus de profits, que s’ils avaient en principe rendu l’essence regulièrement accéssible dans les pompes. D’ailleurs, on sait que tout acteur économique est motivé par le gain, même lorsque ce gain, parfois à outrance, va au détriment des bourses.
De nos jours, autant que la dynamique spéculative en vogue affecte les bourses des consommateurs des produits pétroliers, autant qu’elle arrange les spéculateurs illicites. A ce niveau-là, notons qu’on parle des propriétaires des stations-services et des détaillants qui achètent le carburant en catimini auprès des pompistes à des fins de stockage et de revente sur le marché informel à des prix ordinairement exhorbitants. Il y a maintenant plusieurs mois, dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, à longueur de journée, les stations à essence sont constatées souvent dérsertes et fermées. Or, des informations concordantes émanant de sources dignes de foi font croire qu’au cours des temps morts de la nuit, des pompistes auraient mis les stations en service pour ravitailler des spéculateurs qui arrivent à bord de véhicule pick-up avec des droumes. Ces mêmes informations revèlent que d’autres auraient pour leur part débarqué à bord de mini-camions avec le même type de récipients pour en faire le plein. Une telle activité illicite, on va dire, qui impliquerait l’apport de toute une chaine d’intervenants, partant des importeurs, en passant par les responsables de stations-service et pompistes, pour finalement arriver au dernier petit « détaillant gallon jaune ».
En fait, la crise du carburant est loin d’être définitivement résolue. A ce qu’il parait, l’accéssibilité permanente du produit dans les pompes qui reste aujourd’hui un luxe semble bien vouloir le rester encore pendant un bail. Cette crise monitorée a servi et servira davantage de levier utilisé par l’Etat mafieux pour faire monter le prix des produits pétroliers à chaque fois qu’il entend le faire. Elle sert également de prétexte aux hommes d’affaires de ce secteur pour tirer des marges de profits qui dépassent généralement les plafonds. On se souvient des épisodes de carence provoqués ces derniers mois. De tels épisodes qu’on en aura malheureusement toujours tant que l’Etat, qui n’est plus en possibilité de subventionner les produits pétroliers, continuera de laisser leur importation à la charge des founisseurs privés du marché local. C’est peut-être là qu’on doit questionner dans la cas d’Haïti le bien fondé du système d’économie libérale du laisser-faire, où la détermination des règles du marché est faite par le marché lui-même.
En dépit du communiqué numéro 8 du 8 novembre 2022 du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) ayant annoncé une distrubution organisée du carburant pour le 12 novembre 2022 après sa révision à la hausse en septembre de cette même année, le produit continue encore de se raréfier. Les épisodes sporadiques de sa pénurie sont revenus à chaque fois. C’est là forcément que le bas blesse. Car, plus d’un pensait que la dernière révision à la hausse brutale de septembre 2022, consacrant entre autres le passage du gallon de gazoline de 250 à 570 gourdes, allait une fois pour toute resourdre le problème d’inaccéssibilité. Néanmoins, à la stupéfaction de tous, cette situation de crise s’est montrée loin de se geler, et a l’air de pouvoir encore perdurer pendant un bon bout de temps selon les prospections. Dans une telle condition, pour la population souffrante, l’heure doit être maintenant au calcul des mécanismes d’adaptation. Peut-être que cette annonce pourrait choquer mais, tout en étant réaliste et sans vouloir nous laisser berner par un fatalisme qui serait de trop, on doit dire qu’un tableau sombre se profile à l’horizon.
Concernant ces mêmes considérations, il est important d’attirer l’attention sur le fait qu’on s’est limité à utiliser le terme d’inaccéssibilité, que l’on a judicieusement préféré à celui d’indisponibilité. Car, il faut comprendre que, si la plupart du temps le carburant est disponible, que ce soit dans le terminaux de stockage et dans les réservoirs des stations à essence, il reste pourtant rarement accéssible aux consommateurs. Si bien qu’on entend fort souvent le Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD) annoncer l’arrivage des cargaisons de plusieurs barils, l’accéssibilité du carburant continue cependant d’être une véritable casse-tête. L’une des principales raisons, on la connait déjà et cela tape aux yeux : La spéculation illicite du produit continue d’avoir raison de sa distribution non-clientélisée, large ou démocratisée à la population.
Me ISAAC Yves, Juriste, Licencié en Droit.
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